Avant de lire cet article il peut être pertinent de venir lire l’article qui explique ce qu’est le syndrome de l’intestin irritable (SII) ou colopathie fonctionnelle.
A quoi ressemble une poussée ?
Les poussées du Syndrome de l’intestin irritable (SII), aussi appelé « côlon irritable », correspondent à des périodes où les symptômes s’intensifient. Elles peuvent être très variables d’une personne à l’autre, autant en fréquence qu’en intensité.
Pendant une poussée, on peut observer :
- Fatigue liée à l’inconfort digestif
- Douleurs abdominales (crampes, spasmes)
- Ballonnements importants
- Troubles du transit
- Diarrhée
- Constipation
- Ou alternance des deux
- Sensation d’urgence ou d’évacuation incomplète
Les déclencheurs fréquents dans une colopathie
Les poussées ne sont pas « dans la tête », il existe des facteurs déclenchants bien identifiés.
L’alimentation
Les FODMAPs
Les plus classiques sont les aliments riches en FODMAPs (certains glucides fermentescibles) :
- oignon, ail
- blé, seigle
- certains fruits et légumes (pomme, poire, courges…)
- légumineuses
- certains produits laitiers (lactose)
- les épices
👉 Ces glucides ne sont pas bien absorbés dans l’intestin grêle chez certaines personnes.
Quand ils arrivent dans le côlon : les bactéries les fermentent, ça produit du gaz et ils attirent de l’eau dans l’intestin. Résultat on observe une modification du transit, une distension (intestin qui se “gonfle”) et pression sur les parois. Les crampes peuvent vite devenir violante avec une sensation d’urgence ou un ralentissement du transit en fonction des personnes.
Pour rappel dans le SII une distension “normale” peut être douloureuse, l’intestin est plus sensible à l’étirement.
Une alimentation trop grasse, trop copieuse, insuffisamment mastiquée peut également déclencher des crises.
Le café et l’alcool
Le café agit surtout via le système nerveux et le réflexe digestif, pas par fermentation.
Effets possibles :
- stimulation du côlon → accélération du transit
- augmentation des contractions intestinales
- parfois hypersensibilité accrue (douleur, urgence)
👉 Chez certaines personnes, ça donne une diarrhée rapide après ingestion, des crampes et un besoin urgent d’aller à la selle. Ce n’est pas une “fermentation”, c’est une stimulation motrice + nerveuse.
L’alcool agit de façon plus globale :
- irritant digestif (muqueuse intestinale)
- modification du microbiote
- accélération du transit chez certains
- il peut aussi favoriser une réponse nerveuse (sommeil perturbé, stress physiologique).
Température des boissons
Les boissons très froide ou très chaude peuvent déclencher un réflexe gastro-colique. On retrouve une stimulation rapide de la motricité intestinale avec des crampes ou une urgence. L’effet est un réflexe nerveux local et est très variable selon les personnes. Le faite d’être à jeun peut également jouer sur l’impact de la température.
Changements hormonaux
Quand on parle de “changements hormonaux” comme déclencheur, on pense surtout aux variations naturelles du corps. Et oui, les femmes peuvent malheureusement subir plus de désagrément que les hommes.
- cycle menstruel (principal facteur étudié)
- parfois péripuberté
- périménopause
- fluctuations liées au stress chronique (cortisol)
Le cycle menstruel
Les hormones sexuelles influencent directement l’intestin. Avant les règles on peut observer une sensation de “ventre lourd”, un ralentissement du transit chez certaines et des ballonnements plus fréquents. Pendant les règles on observe une augmentation des prostaglandines (contraction utérine) ce qui va donner des contractions intestinales plus marquées et parfois des diarrhée ou urgence chez certaines personnes. Après les règles, c’est un retour progressif à un fonctionnement habituel. Dans le SII une variation hormonale “normale” est ressentie plus fortement. La motricité intestinale est plus facilement désorganisée et la douleur est plus facilement amplifiée.
Résultat : certaines phases du cycle deviennent des périodes “à risque” de symptômes.
Les hormones ne "créent" pas une crise à elles seules, elles modifient la sensibilité et le fonctionnement de l’intestin et elles rendent certaines périodes du cycle plus vulnérables quand on souffre d'un SII.
Les fluctuations d’œstrogènes et de progestérone n’agissent pas seulement sur le corps, mais aussi sur le cerveau (variation de la sensibilité émotionnelle, influence sur la fatigue et la tolérance au stress). Certaines phases du cycle menstruelle rendent plus vulnérable émotionnellement.
À retenir simplement : les hormones influencent l’humeur directement mais l’humeur influence la perception digestive. Dans le SII, les deux systèmes s’amplifient mutuellement et certaines phases du cycle sont donc naturellement plus sensibles, sans être “anormales”.
Le stress
Quand on parle de stress dans le SII, on parle avant tout de stress physiologique, pas uniquement émotionnel. Le stress, au sens biologique, c’est une réaction de l’organisme à une contrainte (peu importe qu’elle soit psychologique ou physique). Un stress physiologique donne une activation du système nerveux pour une libération de cortisol et une adaptation du corps (dont l’intestin).
Exemple de stress physiologique :
- repas lourd ou mal toléré
- fermentation intestinale
- manque de sommeil
- douleur
- infection
- inflammation
- médicaments
- bruit
- changement de rythme
Tout ça peut activer une réponse de stress sans qu’on se sente “stressé” mentalement.
L’intestin est très sensible aux variations internes et le seuil de tolérance est plus bas dans le SII. Donc un “petit stress physiologique” peut suffire à déclencher des symptômes.
En dehors du cycle menstruel et du stress, les hormones qui influencent le plus le SII sont :
- mélatonine (sommeil)
- hormones thyroïdiennes (métabolisme)
Elles ne “créent” pas le SII mais elles modulent fortement la fréquence et l’intensité des symptômes.
La mélatonine n’agit pas seulement sur le sommeil : elle participe à la régulation du transit intestinal et elle influence la sensibilité de l’intestin.
La thyroïde impacte fortement le transit en cas de pathologie (hypothyroïdie et hyperthyroïdie) mais ce n’est généralement pas le facteur central dans le SII.
Médicaments et Maladies
Une maladie, surtout une infection digestive comme une gastro-entérite, peut déclencher une crise de SII (en parallèle des symptômes lié à la gastro) ou aggraver les symptômes, et certains médicaments comme les antibiotiques peuvent aussi y contribuer en perturbant le microbiote intestinal.
Une maladie peut déclencher une poussée parce qu’elle perturbe temporairement l’équilibre normal de l’intestin à plusieurs niveaux. Il y a une activation du système immunitaire qui va entraîner une inflammation (même modérée) qui rend la paroi intestinale plus sensible. En parallèle, le microbiote est souvent modifié (déséquilibre des bactéries), ce qui perturbe la digestion et la production de gaz. La maladie agit comme un facteur de déséquilibre temporaire, et le SII amplifie cette perturbation en symptômes visibles.
Ce qu’on observe
• Les infections virales ou digestives peuvent précéder une poussée de SII
• Le stress lié au fait d’être malade peut aussi accentuer les symptômes
• Après une gastro-entérite, certaines personnes développent un SII post-infectieux
Il faut consulter rapidement si la “crise” s’accompagne de fièvre, de sang dans les selles, de vomissements, d’une douleur inhabituelle ou d’une perte de poids, car ce ne sont pas des signes typiques d’un SII simple.
Soulager la crise du SII
Soulager une crise du Syndrome de l’intestin irritable, c’est surtout apaiser l’intestin rapidement et éviter d’entretenir la réactivité. L’objectif n’est pas de tout contrôler, mais de faire redescendre le système digestif pour laisser passer la crise. Généralement une crise durera de quelques heures à quelques jours. Une crise fini toujours par passer même si c’est éprouvant psychologiquement et physiquement.
Le premier pilier est l’alimentation. Des repas doux pour votre intestin. On va privilégier des aliments faciles à digérer comme le riz, les pommes de terre, la viande blanche et des carottes bien cuites, potage ou purée de carottes / pommes de terre par exemple. On peut envisager une mono diet d’un seul aliment mais ce régime doit être limité à un ou deux jours maximum. Les aliments gras et épicés seront à éviter ainsi que tous les aliments riches en FODMAPs comme l’ail et l’oignon par exemple. Le but est de réduire la stimulation digestive, pas de faire un régime strict long terme. Une diététicienne spécialiste SII peut vous accompagner pour vous aider.
Des vétements confortables amples et du repos seront aussi vos meilleurs alliés. Calmer le système digestif passe également par le système nerveux. La cohérence cardiaque par exemple peut être une aide précieuse pour réduire l’impact du stress par la respiration. Prendre le temps de bien mastiquer, ralentir son rythme de vie et un environnement calme sont également des leviers importants quand c’est possible. Sans oublier les massages du bas ventre et la bouillotte bien chaude contre les crampes.
Il est important de ne pas négliger l’importance de l’hydratation en cas de troubles digestifs (constipation et/ou diarrhée) avec la marche douce. Sans oublier le sommeil qui va agir aussi bien sur le SII que votre tolérance émotionnelle. Avec la fatigue, on est plus facilement irritable.
Une fois la crise passée on réintroduit doucement les aliments habituels.
On évite de multiplier les restrictions alimentaires, d'éviter de manger par peur et d'hyper-analyser chaque symptôme. 👉 Ce n'est pas toujours facile à mettre en place mais ça entretient la sensibilité digestive. L’objectif n’est pas la perfection, mais le retour à l’équilibre.
La prévention pour limiter les crises
La meilleure gestion de la crise reste la prévention dans le syndrome de l’intestin irritable.
La médecine
Le médecin a un rôle central dans la prise en charge du Syndrome de l’intestin irritable : il ne remplace ni le diététicien ni le psychologue mais il coordonne, sécurise et vérifie qu’on ne passe pas à côté d’autre chose. Il peut prescrire des examens complémentaire si besoin et renvoyer vers des spécialistes en fonction de la situation. Le médecin peut proposer des solutions pour réduire les symptômes, par exemple :
- antispasmodiques (douleurs)
- régulateurs du transit (diarrhée ou constipation)
- parfois traitements ciblant la sensibilité intestinale
- parfois probiotiques
👉 Ce n’est pas curatif, mais ça aide à mieux vivre les crises.
La diététique
Une diététicienne formée au SII va pouvoir vous aider à individualiser votre alimentation. La personnalisation est très importante dans le SII. L’objectif est d’identifier les vrais déclencheurs (et éviter les évictions inutiles). Adapter les FODMAPs quand c’est nécéssaire sans tomber dans la restriction chronique. Et maintenir une alimentation variée sans carences.
Un diététicien peut également venir travailler le comportement alimentaire et vous aider dans la structure de votre journée (fréquences des repas, quantités) dans l’alimentation notamment en cas de crise.
Un intestin plus stable c'est moins de symptômes au quotidien
La psychologie
Le rôle du psychologue est parfois sous estimé dans le syndrome de l’intestin irritable. Pourtant le cerveau influence directement l’intestin. Un accompagnement (souvent TCC) peut aider à :
- améliorer la tolérance aux sensations digestives
- diminuer l’hypervigilance corporelle
- réduire l’anticipation des crises
- réduire la peur de manger
- réduire la peur de sortir de chez soi
- est une aide précieuse dans le cadre de pathologies associés comme des troubles anxieux
Un psychologue ne peut pas vous prescrire de traitements médicamenteux mais est un soutient sans faille pour mieux vivre son quotidien.
L'objectif est de sortir de la spirale : Symptômes → Stress → Symptômes et retrouver une qualité de vie.
Bouger au quotidien
L’activité physique est un levier souvent sous-estimé qu’on peut limiter à cause des crises. Le sport régule le transit, améliore la sensibilité intestinale, soutient le microbiote et stabilise le système nerveux. Il vaut mieux privilégier la régularité que l’intensité. Le plaisir est également très important pour la régularité.
Il est souvent conseillé : marche, yoga, vélo doux, natation mais le meilleur sport reste celui que vous aimez.
N’oubliez pas d’adapter votre séance à votre état de santé. Parler de régularité ne veut pas dire qu’une séance ne peut pas sauter si vous êtes en pleine crise. La bienveillance et la flexibilité est le mettre mot dans ce syndrome.
La prévention augmente la tolérance, réduit le stress, permet de réduire la fréquence des crises et améliore la récupération. 💚
Christine Savalli 🍒 Une diététicienne qui vous veut du bien 😌
Alimentations végétales, Comportement alimentaire et Fertilité
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